Mag'IFZ #6 - Février 2020

Vous vous posez souvent la question : « Quel serait le bon chien pour en faire un excellent médiateur ». Autre question que l'on me pose aussi : « Faut-il un chien spécifique pour chaque pathologie ? ».

Je commencerai par répondre à la deuxième question.

Non pas besoin d'avoir un chien par pathologie. Il y a des chiens comme le Berger Australien ou le Golden Retriever qui peut très bien travailler avec des personnes âgées comme des personnes en situation de handicap intellectuel ou des jeunes en difficulté scolaire.

Maintenant il est certain qu'il y a des chiens que l'on ne recommande pas dans certains endroits tout en sachant qu'il n'y pas de généralité. Exemple, le Terre-Neuve en EHPAD, il est légèrement encombrant.

Mais il y a un chien extraordinaire avec lequel j'ai travaillé plus de 39 ans sur le terrain au Canada. C'est le chien polaire, un extraordinaire médiateur. Découvrez pourquoi !

Le chien polaire, qui est à la fois un chien de traîneau, est effectivement un très bon médiateur pour autant que l'on arrive à bien le comprendre, et créer entre lui et vous thérapeute, une forme de binôme, de couple, sans que l'on cherche à se dominer l'un à l'autre. Prenons le Sibérien-Husky qui est un vrai félin, avec une tendresse de chat mais avec un caractère bien trempé. Ce qui est intéressant lorsque vous travaillez avec des jeunes à fort tempérament.

« Igloolik », une femelle qui savait cadrer les jeunes
« Ganac et Inlet », mes deux chiens de tête, de vrais félins
Je me rappelle toujours ce jeune qui m'a dit un jour : « pourquoi il me regarde comme cela ? » C'était une femelle relativement dominante mais avec des yeux bleus couleur « banquise » Le jeune avait du mal à soutenir son regard. Ma réponse était claire « demande lui pourquoi elle regarde de la sorte ! » Si tu n'as rien à te reprocher elle va être sympa avec toi. Le décor était posé.

N'oublions pas que le Sibérien-Husky est un chien de travail, de responsabilité qui s'éduque avec des règles de sagesse et de respect. Ce qui est intéressant avec le chien polaire envers ces jeunes qui pensent tout connaître ou qui ont par moment des paroles mêlées d'agressivités c'est qu'il ne rentrera pas dans une confrontation. Par sa façon de regarder, sa façon je dirais d'hypnotiser le jeune par ses yeux en amandes et très souvent transparents par sa couleur. Que ce soit un Sibérien-Husky ou un Malamute ou un Esquimau du Canada, il ne retourne pas cette agressivité, mais il fera comprendre au jeune qu'il est allé trop loin. Le chien restera impassible. Bien sûr le thérapeute à une partie aussi à jouer, il devient à son tour le médiateur entre le jeune et le chien.

Dans ma pratique au Canada, avec ma meute de 72 chiens, un jour j'avais organisé un raid d'environ 150 km dans la journée. Je partais avec quatre jeunes d'environs 17 ans, tous jeunes délinquants, Chacun avait un traîneau, six chiens et des provisions. Pour ma part j'avais 18 chiens et un traîneau chargé en conséquence. J'avais repéré un jeune, M, qui jouait le petit caïd vis-à-vis de ses copains. Je lui confiais une chienne de tête un peu cabochon et plus difficile à mener. Nous voilà partie sur un sentier bien enneigé et je savais qu'il y avait quelques pièges de piste avec des intersections. Arrivé à l'une d'elle, je pars sur la droite en disant à ma chienne de tête « Droite-droite » Ce que fit mon attelage sans problème. Mais « M » arriva à cette intersection, il se mit à crier d'une voix autoritaire « Droite ». La chienne de tête continua tout droit et s'arrêta une centaine de mètres plus loin. Il se mit dans une colère de frustration vis à vis de ses copains qui eux n'ont eu aucun problème pour prendre la piste de droite. Je le rejoignais et lui posa la question : « pourquoi la chienne n'a pas pris la bonne piste ? »

- Elle ne m'a pas écouté !, me rétorqua-t-il !
- Tu es sûr ?
Un blanc s'en suivit. Un silence de quelques secondes qui le mit très mal à l'aise.
- Bon, ok, j'ai gueulé et elle n'a pas aimé !
- Tu as tout compris.

Dans cette leçon de vie, le chien a joué son rôle d'éducateur, de médiateur et d'anti-frustration.
Attelage des jeunes avec six chiens
Le point de départ, on descend les traineaux
Depuis quatre ans maintenant, deux anciens stagiaires d'IFZ vont toutes les semaines dans une Centrale qui est un pénitencier très réglementé sous haute surveillance. Ils travaillent avec leurs Malamutes sur des ateliers très ciblés par rapport à la personne. Et bien depuis, la Direction remarque un apaisement dans les détenus. Une prise de conscience de leur part. Beaucoup moins d'agressivité.

Maintenant il y a bien sûr un bémol dans l'acquisition d'un chien polaire. Ce sont des chiens sportifs, qui n'aiment pas être seul, ce sont des chiens meutes, il en faut donc deux et attention se sont des fugueurs. Laisser un sibérien-Husky en liberté ou un Esquimau du Canada seul sans laisse, vous prenez le risque de le voir détaler parce qu'il a senti une poule, un mouton, ou un chevreuil et vous aurez beau crier après lui, d'abord lui et son instinct. Il peut s'adapter à vous mais il y a des règles pour cela.

J'ai 40 ans de ma vie partagé avec mes chiens polaire 72.
Mais un extraordinaire médiateur.

François Beiger